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Mes propositions pour l’Agriculture

Mes propositions pour l’Agriculture


David Lorion, comment voyez vous la situation de l’agriculture dans cette période de transition ?

David Lorion : 7000 chefs d’exploitation agricole travaillent pour faire de la Réunion une île avec une grande vocation agricole. 26 000 ha de terre sont concernés par l’agriculture et nous avons su conserver un potentiel important pour notre petite superficie.

Aujourd’hui, malgré les efforts accomplis par les pouvoirs publics afin de soutenir ce secteur d’activité, de grosses incertitudes existent, susceptibles d’hypothéquer l’avenir en créant un doute sur la pérennité de certaines filières.

L’incertitude concerne la pérennisation des 28 millions d’euros d’aide d’Etat accordé par l’Europe afin de sauvegarder la production sucrière.

Mais ce n’est pas la seule, on peut également citer d’autres difficultés, comme le prix de la tonne de canne, le coût de l’eau d’irrigation, la retraite agricole très faible, environ 540 euros mensuels pour un couple contre 1242 euros en Métropole, des normes environnementales inadaptées à la situation locale, le coût important des intrants, la concurrence des produits locaux par rapport à l’importation, …

 

Question : Quelles solutions pour faire face à ce moment important de notre histoire agricole?

David Lorion :Face à l’ensemble de ces problèmes, il faut être capable de proposer des solutions susceptibles d’être mises en œuvre à court et à moyen terme.

On peut certainement étudier une baisse des charges en matière d’irrigation, qui représente aujourd’hui environ 15€/ tonne de canne, une aide pour diminuer le coût des intrants ou encore un travail de lobbying pour revoir les charges d’exploitation et les charges sociales.

Par ailleurs, il faut s’attacher à  mettre en place une convention spécifique du type contrat saisonnier avec la CAF, Pôle Emploi, comme cela existe en Métropole, afin de préserver le revenu minimum des bénéficiaires œuvrant dans le milieu agricole, notamment pendant la campagne sucrière pour les coupeurs de cannes.

La piste d’un revenu minimum en faveur de l’agriculteur est aussi à approfondir, de même que la reconnaissance de son savoir-faire en prêtant une attention particulière au respect qu’il porte à son environnement.

Compte tenu de l’importance que revêt aujourd’hui la filière bio et du savoir-faire local, la structuration de cette filière devient une exigence en terme de complément d’activité de la canne à sucre qui pourrait dès lors s’inscrire dans un label qualité haut de gamme.

Il en est de même pour la filière agrotourisme avec le label Bienvenue à la Ferme.

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Question : Comment motiver les jeunes qui souhaitent reprendre les exploitations?

David Lorion :Dans le domaine de la formation,  une part cruciale de la solution réside dans la création d’une école d’agriculture formant les jeunes au titre d’ingénieur, le développement de la formation des agriculteurs aux nouvelles technologies et l’accompagnement des expérimentations innovantes en valorisant les innovations pionnières.

Mais au-delà des formations qui sont déjà de très bon niveau à la Réunion, c’est le revenu de l’agriculture qui va décider ou non un jeune à se lancer dans ce métier.

Question : Quels sont les freins qu’il faudrait lever pour faire redémarrer la filière?

David Lorion : En matière de réglementation, l’objectif assigné est  la mise en place d’une réglementation adaptée et en matière de commande publique.  Il s’agit d’adapter les codes des marchés publics afin de répondre plus facilement aux marchés lancés par les collectivités, en privilégiant l’environnement et la proximité.

D’autre part il faut obtenir  que la Réunion cesse d’être un « territoire de dégagement » pour de nombreux produits qui sont vendus en dessous du coût de la production locale et qui créent des conditions de concurrence déloyale.

Enfin, en vue de préserver la filière canne à sucre, il est important de renforcer la vigilance vis-à-vis de la Commission Européenne quant aux négociations menées sur les accords de libre-échange. Il faut obtenir une dénonciation des accords commerciaux entre l’UE et les pays tiers qui ne prennent pas en compte les incidences que les concessions peuvent avoir sur les productions traditionnelles des RUP (bananes, sucre, …)  et qui incluent des règles d’équivalence entre produits permettant notamment  à des pays tiers de vendre sous l’étiquette bio des produits ne respectant pas les exigences prévues par le droit de l’UE.

La Réunion dispose d’atouts. Elle a réussi non sans effort dans le domaine de l’agroalimentaire, puisqu’elle est pratiquement autonome dans la filière viande fraîche et œufs.

Cependant, pour lui permettre de poursuivre dans la voie d’une transformation de son secteur agricole en lui donnant une plus forte valeur ajoutée, La Réunion et donc le Sud doit disposer d’un cadre global d’intervention fondé sur une flexibilité stratégique. En résumé,   nous devons disposer d’une certaine autonomie de décision au niveau local.


Le premier tour des élections législatives 2017 aura lieu le 11 juin
et le deuxième tour le 18 juin 2017.